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Municipales 2026 : les resultats du premier tour en France, ville par ville

Municipales 2026 : les resultats du premier tour en France, ville par ville

Le 15 mars 2026, les Francais se sont rendus aux urnes pour le premier tour des elections municipales. Un scrutin qui dessine une nouvelle carte politique locale, avec des confirmations, des surprises et des batailles acharnees en vue du second tour prevu le 22 mars.

Participation nationale : un rebond significatif apres le creux de 2020

La participation s'est etablie a environ 56 % au niveau national. Un chiffre qui merite d'etre replace dans son contexte historique pour en mesurer la portee reelle.

En 2014, la participation au premier tour atteignait 63,55 %. En 2020, en pleine crise du Covid-19, elle s'etait effondree a 44,66 %, un record historique a la baisse qui avait profondement marque le scrutin. Les 56 % de 2026 representent donc un rebond notable par rapport a 2020, sans pour autant retrouver les niveaux d'avant-pandemie.

Plusieurs facteurs expliquent cette remontee. Le contexte sanitaire n'est plus un frein. Les enjeux locaux, notamment l'urbanisme, la securite et le pouvoir d'achat, ont mobilise les electeurs. Et la polarisation croissante du debat politique national s'est repercutee jusque dans les bureaux de vote communaux.

Les chiffres cles du scrutin

Ce premier tour concernait l'ensemble des 34 875 communes de France. Au total, 904 042 candidats se presentaient, repartis sur 50 478 listes. Le resultat est sans appel pour la grande majorite du territoire : environ 95 % des communes ont vu leurs conseils municipaux elus des le premier tour. C'est la realite souvent oubliee des municipales : dans les petites communes, le scrutin se joue en un seul tour.

Il reste neanmoins environ 1 719 communes ou un second tour sera necessaire, concentrees dans les villes moyennes et grandes. C'est la que se jouent les batailles politiques les plus visibles et les plus commentees.

Resultats dans les grandes villes : le tableau complet

VilleCandidat en tetePartiScore2e candidatScoreSituation
ParisGregoirePS38,7 %Dati (LR)24,7 %2nd tour
MarseillePayanPS36,7 %Allisio (RN)35,02 %2nd tour serre
LyonDoucetEELV37,3 %Aulas35,4 %2nd tour
NiceCiottiUDR/RN43,4 %Estrosi--2nd tour
ToulousePiquemalLFI~27 %----Surprise, 2nd tour
PerpignanAliotRN50,61 %----Elu au T1
Henin-BeaumontBrioisRN77,7 %----Elu au T1
RoubaixGuiraudLFI46,6 %----2nd tour
Saint-DenisLFILFI------Victoire T1

Paris : Gregoire largement en tete, la gauche favorite

A Paris, le socialiste Gregoire arrive nettement en tete avec 38,7 % des voix, loin devant Rachida Dati (LR) qui plafonne a 24,7 %. Derriere, Sophia Chikirou (LFI) obtient 13,7 %, un score qui lui donne un role de faiseur de roi potentiel pour le second tour.

La dynamique est clairement a gauche dans la capitale. La question du second tour porte moins sur l'identite du vainqueur que sur l'ampleur de la victoire et les termes de l'eventuelle alliance entre PS et LFI. Dati, qui avait ete nommee ministre de la Culture en 2024, n'a pas reussi a capitaliser sur cette exposition nationale.

Marseille : un duel au couteau PS-RN

Marseille offre le duel le plus serre et le plus charge symboliquement de ce premier tour. Benoit Payan (PS), le maire sortant, termine en tete avec 36,7 % des voix. Mais Franck Allisio (RN) le talonne a 35,02 %, soit un ecart de moins de deux points.

Le second tour s'annonce extremement tendu. Payan a deja indique qu'il refusait toute alliance avec LFI, preferant miser sur un rassemblement republicain plus large. Un pari risque dans une ville ou la gauche radicale dispose d'un electorat non negligeable. Le RN, de son cote, espere conquérir la deuxième ville de France, ce qui constituerait un symbole politique majeur.

Lyon : Doucet resiste face a Aulas

A Lyon, le maire ecologiste sortant Gregory Doucet maintient une avance etroite avec 37,3 % contre 35,4 % pour Jean-Michel Aulas, l'ancien president de l'Olympique Lyonnais reconverti en politique. L'ecart est suffisamment faible pour que le second tour reste incertain.

L'alliance entre EELV et LFI, confirmee pour le second tour, devrait permettre a Doucet de consolider sa base. Mais Aulas, figure emblematique de la vie lyonnaise, dispose d'une notoriete qui depasse largement les clivages partisans traditionnels.

Toulouse : la surprise LFI

C'est sans doute la surprise majeure de ce premier tour. A Toulouse, le candidat LFI Piquemal arrive en tete avec environ 27 % des voix, devancant les autres formations. Personne n'avait anticipe un tel resultat dans une ville traditionnellement ancrée au centre-gauche sous la mandature de Jean-Luc Moudenc.

L'alliance LFI + PS a ete confirmee pour le second tour, ce qui donne a la gauche radicale une chance reelle de s'emparer de la quatrieme ville de France. Un scenario qui, il y a quelques mois encore, relevait de la politique-fiction.

Nice : Ciotti en position de force

A Nice, Eric Ciotti, passé de LR a l'alliance UDR/RN, domine avec 43,4 % des voix. Son ancien allie devenu adversaire Christian Estrosi est relegue loin derriere. La droite nicoise, longtemps unie autour d'Estrosi, s'est fracturee, et c'est Ciotti qui en tire profit.

Le second tour s'annonce comme une formalite pour l'ancien president des Republicains, desormais figure de proue de la droite radicale sur la Cote d'Azur.

Perpignan et Henin-Beaumont : le RN confirme ses bastions

Louis Aliot a Perpignan (50,61 %) et Steeve Briois a Henin-Beaumont (77,7 %) sont elus des le premier tour avec des scores impressionnants. Ces resultats confirment l'enracinement local du RN dans ses fiefs historiques. Briois, en particulier, avec pres de 78 % des voix, bat tous les records de reelection pour un maire RN.

Ces scores temoignent d'une implantation qui depasse le simple vote protestataire. Apres plusieurs mandats, les electeurs de ces villes renouvellent massivement leur confiance a des maires qui ont su gerer le quotidien municipal.

La percee nationale de LFI : un fait majeur

Au-dela des resultats ville par ville, la tendance la plus marquante de ce premier tour est la percee de La France Insoumise a l'echelle nationale. Le parti de Jean-Luc Melenchon a presente 504 listes sur l'ensemble du territoire, et 96 communes ont vu ses candidats se qualifier pour le second tour.

C'est un changement d'echelle considerable. Longtemps cantonne aux elections nationales, LFI demontre desormais sa capacite a s'implanter localement. Les victoires au premier tour a Saint-Denis et Roubaix (ou Guiraud frole l'election avec 46,6 %), combinées a la surprise de Toulouse, dessinent une geographie insoumise qui epouse les quartiers populaires et les grandes metropoles.

Le RN consolide mais ne percee pas

Le Rassemblement National confirme ses positions dans ses bastions historiques : Perpignan, Henin-Beaumont, et un score tres eleve a Marseille. Mais la percee tant attendue dans de nouvelles grandes villes ne s'est pas materialisee.

Le parti de Jordan Bardella progresse dans les villes moyennes du nord et du sud-est, mais se heurte a un plafond de verre dans les metropoles ou la sociologie electorale lui est moins favorable. La bataille de Marseille reste son meilleur espoir de conquete symbolique.

EELV en sursis

Les ecologistes traversent un scrutin complique. A Lyon, Doucet resiste mais sans eclat. Dans les autres grandes villes, EELV ne parvient pas a emerger comme force autonome. Le parti vert, qui avait realise une vague historique en 2020 en plein Covid, peine a confirmer ses conquetes dans un contexte ou les preoccupations environnementales ne sont plus en tete des priorites des electeurs.

La strategie d'alliance avec LFI, adoptee dans plusieurs villes, pose la question de l'autonomie du mouvement ecologiste. A trop s'allier, EELV risque de perdre son identite propre.

Le PS resilient

Le Parti Socialiste tire son epingle du jeu avec des resultats solides a Paris (Gregoire, 38,7 %) et Marseille (Payan, 36,7 %). Sans faire de bruit, le PS confirme sa capacite a tenir des positions dans les grandes villes, souvent grace a des profils d'elus locaux ancres dans le terrain plutot que des parachutages nationaux.

Le PS beneficie aussi de son image de parti de gouvernement local, rassurant pour les electeurs moderes qui ne veulent ni du RN ni de LFI.

Les alliances pour le second tour du 22 mars

La semaine qui separe les deux tours est celle de toutes les negociations. Plusieurs alliances ont deja ete annoncees ou confirmees.

Alliances confirmees

VilleAllianceConfiguration
LyonEELV + LFIFront de gauche pour maintenir Doucet
ToulouseLFI + PSUnion de la gauche derriere Piquemal
NantesPS + LFIMaintien de la majorite sortante

Refus d'alliance notables

A Marseille, Benoit Payan a clairement refuse toute alliance avec LFI, preferant un rassemblement plus large incluant des elements du centre. Un choix qui pourrait lui couter cher face a un RN au coude-a-coude, mais qui reflete sa volonte de gouverner sans etre prisonnier de la gauche radicale.

Ce que ce premier tour nous dit de la France politique de 2026

Plusieurs enseignements se degagent de ce scrutin local qui, comme souvent, revele les dynamiques profondes du pays.

D'abord, la tripartition de la vie politique francaise se confirme au niveau local. Gauche (PS + LFI + EELV), droite classique (LR + centre) et droite nationale (RN + UDR) se partagent le territoire selon des lignes de fracture desormais bien etablies.

Ensuite, la capacite de LFI a s'implanter localement change la donne. Le mouvement n'est plus seulement une machine a mobiliser pour les presidentielles. Il devient un acteur municipal a part entiere, avec ses elus, ses reseaux et ses militants de terrain.

Enfin, la participation a 56 % montre que les Francais restent attaches a l'election municipale, le scrutin de proximite par excellence. Malgre la defiance envers la politique nationale, le maire reste une figure a laquelle les citoyens accordent encore leur confiance.

Le second tour du 22 mars promet des batailles intenses, notamment a Marseille, Lyon et Toulouse. Les alliances conclues cette semaine determineront en grande partie l'issue de ces duels qui dessineront le visage politique des grandes villes francaises pour les six prochaines annees.